Théâtre - Là de Serge Boucher
LÀ où la nostalgie règne
Par SanDra
Le tapis rouge
03 avril 2007
Humour, cours de la vie, nostalgie, drame, festivités, souvenirs, réalité, passé, présent, avenir, réflexion…
La Place des Arts présente sur la scène du Théâtre Jean Duceppe, du 28 février au 7 avril 2007, la création québécoise Là de Serge Boucher, dont la mise en scène est assurée par René Richard Cyr. Sur la scène se trouvent 15 comédiens de talent dont Antoine Durand, Guylaine Tremblay, Dominique Quesnel, Benoît Brière, François Papineau et Benoît McGinnis.
Là raconte l'histoire du petit restaurant du coin dans lequel François a vécu durant toute son enfance, car il appartenait à ses parents. François apprend que le lieu mythique sera remplacé par un Jean Coutu. La fin du fameux restaurant sera aussi la fin d'une époque et le début d'une nouvelle vie pour tous les habitués du snack-bar. Ces derniers se réunissent une dernière fois pour célébrer les moments vécus ensemble. Là, c'est les souvenirs, les échos du passé, le temps qui nous rattrape, le temps qui passe. Là, c'est une partie marquante de la vie de 15 personnes.
Avec Là, on retrouve l'auteur de 24 poses (Portraits) dans une autre œuvre à inspiration biographique. En effet, Serge Boucher a vécu son enfance à Victoriaville, est fils d'anciens propriétaires de commerces, et a toujours eu cette passion du théâtre, tout comme le personnage de François, son alter ego. Encore une fois, Serge Boucher joue avec ce qui est réel et ce qui est fictif.
Depuis Motel Hélène, l'auteur accorde sa confiance à René Richard Cyr pour la mise en scène de ses pièces et il est permis de dire que c'est un mariage parfait. Le metteur en scène réussit le défi de placer les 15 comédiens durant les 115 minutes que dure la pièce avec brio. Avec tant de comédiens, ce n'était pas évident de tous les mettre en scène de façon objective, en évitant que l'attention du spectateur soit portée aux mauvais comédiens. Il faut préciser que la scénographie aide énormément à la tâche du metteur en scène. Le restaurant est fidèlement représenté, avec les banquettes, la cuisine, la toilette et même l'escalier pour se rendre à l'appartement du dessus. Cet ensemble d'éléments apporte à la pièce un réalisme sans frontière. Il se passe toujours quelque chose sur la scène bien remplie. Dans le décor majestueux, le spectateur s'évade complètement dans le casse-croûte et a l'impression d'y être avec les personnages.
Là, c'est une pièce ancrée sur les racines. C'est l'histoire d'un restaurant. C'est l'histoire d'une vie, un portrait réaliste sur ce que ces gens vivent et ce qu'ils ressentent durant trois époques différentes : les années 70, les années 90 et finalement, les années 2000. L'auteur de Là crée des personnages courants, qui n'ont rien de marginal, des personnages stéréotypés, mais dans lesquels on se retrouve. Une atmosphère de nostalgie règne durant toute la représentation. L'attachement au passé est énormément mis de l'avant par le personnage Timononque (interprété par Benoit Brière) qui est celui qui sera le plus affecté par la destruction de son lieu culte. La démolition du lieu chaleureux laisse place à une pharmacie répandue à travers le Québec, tout ce qui a de plus impersonnel. Timononque se retrouvera dans cette pharmacie, comme il le faisait quand le snack-bar existait encore. De plus, la musique d'ambiance ajoute un cachet à la pièce, une atmosphère, une sensation inexplicable. Une aura de nostalgie baigne dans la salle.
Lors d'un entretien avec l'auteur, il a expliqué que sa pièce s'appelle Là parce que c'est Là que tout a commencé, c'est Là que ça passe. Tous ces gens sont ancrés Là. C'est Là qu'ils ont vécu et c'est Là que ça se termine.
Avec la finale, Serge Boucher avait un désir d'illustrer qu'on ne se connaît pas les uns les autres. Bref, Là est une pièce qui touchera les gens qui aiment se retrouver dans une œuvre et les gens mélancoliques. Les autres pourront y trouver des longueurs. Par contre, seulement pour le puissant jeu des acteurs, ça vaut la peine de se rendre à la Place Des Arts. Mention spéciale à Guylaine Tremblay et à Benoît Brière, on y croit vraiment.


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